jeudi 19 décembre 2013

Mémoire de Loire



Mémoire d'une riveraine

Michèle BROUNE de la Pisserotte, un sentiment parmi d'autres !
Ce développement, outre son originalité, réveille « ma » Mémoire de Loire dans cette histoire de l’Ou’Art … [ Mont Gerbier-de -Jonc, Ardèche, 1375 m d’altitude .Nantes, 1008 kms plus tard: le plus long fleuve de France embrasse l’Océan ].

Je revois la belle grande carte accrochée au tableau de mon école primaire. Enfin, belle, je le dis aujourd’hui. Mais il y a 60 ans, je la trouvais menaçante, cette carte, muette, où il fallait nommer fleuves et affluents…
Je revois l’écluse, sur son canal latéral. Depuis ma chambre d’enfant, je voyais les bateaux hâlés par des chevaux, puis les belles péniches à moteur et tous ces mariniers, hauts en couleurs. J’ai aussi une pensée pour un de mes ancêtres qui fut marinier de Loire.
Après cela, j’ai vu le fleuve des autos, au bord de la Nationale 7 : bonheur pour ceux qui partaient en vacances, malheur pour ceux qui les regardaient passer…
Je vois aujourd’hui les oiseaux des Bords de Loire, tout près du Bec d’Allier.
C’est aussi la poésie et le mystère du fleuve. Comme la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, par caprice, elle peut jouer l’enflure de crues monstrueuses autant que la discrétion d’un pauvre filet d’eau. Ses Saisons sont ses bonnes Raisons.
Gloire à toi, Majesté, par la grâce de tes châteaux, sables, poissons, verdures et amoureux.


Mémoire de Loire, mémoire de condamné

Rivage désert, calme, dans l’intimité d’une heure tardive au soleil couchant accordant sa harpe tendue aux quatre vents, la Loire se lie à la terre et sculpte l’épaisseur du temps toujours sensible à l’atmosphère d’un vol de papillons. La vie éphémère escorte la valeur douce du présent.
Grandiose paysage sans manière ni contrainte, de jour comme de nuit, en perpétuel courant d’air avec cette remise en cause des eaux hautes ou basses qui chargent l’étiage d’une diaphane respiration. Ce milieu quasi mystique nous projette dans la résilience et nous impose un respect majestueux d’une rive à l’autre.
La Gabare noire, bien aimée, patiente, glisse et s’allonge au dessus du fleuve limpide, ses flancs goudronnés rencontrent et racontent l’amour de cette eau en perpétuel mouvement qui, parfois, charrie des bois torturés, usés par le voyage des saisons.
La Loire attend en demi-sommeil les vents d’ouest dominants pour larguer les amarres. Alors la grande voile blanche gonflée permettra ces instants précieux qui annoncent la quiétude d’une ballade au milieu de nulle part.
Les bancs de sable dialoguent avec le contre-courant et ses îles contournées abritent des nichées d’oiseaux. Cette Loire muette et discrète s’offre toute entière, souffle et s’essouffle, strates après strates, ses berges se découvrent et nous invitent dans un cheminement où l’inconscient se prend à rêver du possible, du disponible et de l’impossible.
La Loire sensuelle s’entoure de mystères, d’interrogations, et devient un miroir sans teint qui pousse à la méditation et donne l’envie de s’allonger sans retenue sur les gravières entre le dur et le mou. Choisir le plein, le vide, se faire plaisir avec ce rien, se laisser porter par cette matière mouvante, les yeux, les oreilles aux aguets afin de pleinement profiter de cet instant rare et privilégié de bien-être.

Sur la Loire, de gros nuages sans retenue enflamment un ciel d’encre. La pluie soudaine frappe et martèle les eaux qui n’en peuvent plus d’absorber ces larmes. Espace fragile sur son fil d’Ariane qui vibre mais ne rompt pas. Le fleuve a digéré la pluie dans l’harmonie d’un rythme apaisé et ses verdiaux se refont même une beauté.
La Loire se plie, se déplie, se place, se déplace, s’organise et prend figure de sentinelle et s’encastre dans le tableau des ombres furtives. La Loire, fille sculpturale, se dessine par elle-même, existe en long, en large, prend soin de son maquillage, de sa couleur. Loire en haute couture, en majesté et sujet de prédilection de tant de peintres et poètes, se met en scène ; capricieuse, elle claque l’instantané, imprévisible elle dévore et met à mal le lit majeur. Passionnément sonore, la Loire nous offre des métaphores monumentales avec la projection de ses queues de sirènes qui annoncent une libération, une fusion, un évènement chaque jours inégalé.
Fleuve fier, à nos pieds depuis la nuit des temps, la Loire propose des coups de soleil, des plages de bonheur, des tendres souvenirs de voiles blanches de Gabares. Elle s’enracine en équilibre et joue les voies d’eau, sereine et ouverte aux étoiles qui, parfois, entraînent des déchirures que rien, ni personne ne pourra guérir.
Paradis des rêves, des canches, des jacinthes d’eau, des ombelles multicolores, de la caresse d’un mot, d’une douceur d’un caillou plat pour ricochets ou d’une poésie en devenir, la Loire ne mesure pas son immensité et le choc de sa présence.
La Loire, avec à ses côté son confluant turbulent Allier, qui, comme une anguille serpente au fil de l’eau dans la luxure d’un autre monde, absorbe le présent en reflétant l’avant, le pendant, l’après ; vaste découverte d’un chemin ayant comme horizon un mélange de plaisirs, de forces vives et d’idéaux.
Un jour, pourtant, nous serons dépouillés de ce joyau, de son herbe haute qui danse, ondule et se plie ; les racines défonceront le passage de nos empreintes pour s’engluer dans le ventre noir de l’univers. Plénitude d’un certain vide, de quelque chose d’insaisissable et de fatal.
Disparaîtra la trace du peintre, du photographe, du poète avec la petite musique du grillon. Ici s’achèvera le voyage, à bon port, à la lueur de la lune rousse d’un soir d’été.
Michel Hannecart, le peintre de passage


Un homme s'est jeté dans la Loire
Par défi par désespoir
Oui cet homme en avait marre
De traîner sa vie dans les bars
Il aurait donné son heure pour l'amour d'une femme
Un homme s'est jeté dans la Loire
C'était un homme sans histoires
Pas le genre de frimeur
Oui cet homme-là avait du coeur
Et beaucoup de tendresse très peu de faiblesse
Un homme est mort sans amour
Il en a des milliers
Il en meurt chaque jour
Un homme est mort sans amour
Sans amour
Un homme est mort parmi les hommes
Sans honneur et sans gloire
Loin des champs de batailles
Ce soldat d'amour sans médailles
N'est pas mort par hasard
Ca n'a rien à voir
Un homme est mort sans amour
Sans amour
Il en a des milliers
Il en meurt chaque jour
Un homme est mort sans amour
Un homme s'est jeté dans la Loire
Sans nous faire d'histoires
Un homme est mort sans amour
Il en a des milliers
Il en meurt chaque jour
Un homme est mort sans amour
Sans amour
Jean-Pierre
Un de plus un de moins
Ca fait tout ça fait rien
Un homme s'est jeté dans la Loire
Avoues par désespoir
Si l'on pouvait savoir
Savoir pourquoi pourquoi
Un homme s'est jeté dans la Loire
Si l'on pouvait savoir
Savoir pourquoi, pourquoi
Un homme

Hervé Vilard, le dernier romantique


Face à la Loire - Faits divers

Nevers 17/12/13
La deuxième journée du procès du meurtre de Didier Escutenaire, en juillet 2011 à Saint-Léger-des-Vignes, a débuté ce matin avec la poursuite de l'examen de la personnalité des trois accusés. Il a également été question de leur cavale, après les faits, qui les avait conduits dans le Lot-et-Garonne, avant qu'ils ne soient interpellés...
C'est en allant pêcher au petit matin qu'un homme a fait une macabre découverte ce 16 juillet, sur une rive de la Loire, à Saint-Léger-des-Vignes. Pour l’heure, aucun élément ne permet d’identifier ce corps.
Aux alentours de 11 h 45, un pêcheur aperçoit un corps sans vie, gisant sur la rive, à sept ou huit mètres de l’eau. Se trouvant en contrebas de la rue de la Loire, en aval du barrage, l'homme prévient aussitôt la gendarmerie.
Manifestement resté plusieurs jours dans le fleuve, le cadavre était en état de décomposition avancée. Difficile, alors, pour les techniciens d’identification criminelle, dépêchés sur place, de recueillir des indices probants. Aucun papier d’identité n’a été retrouvé sur le cadavre, ni à proximité de la rive. Et aucun élément physique distinctif n’a pour l’heure été relevé.

Gien 12/12/13
Début décembre, une jeune fille âgée de 15 ans avait été découverte morte noyée dans la Loire, près de Gien, dans le Loiret.
L'autopsie pratiquée sur la victime avait conclu à une mort par noyade. Dans un premier temps, les enquêteurs ont donc retenu la thèse du suicide. Mais depuis jeudi, il y a eu des rebondissements. Deux hommes âgés de 40 et 50 ans ont été arrêtés. Ils sont soupçonnés d’avoir tué et noyé l’adolescente.
Celui âgé de 40 ans, a été mis en examen pour viol et assassinat. Son complice, déjà condamné pour complicité d’assassinat et vol avec arme a été mis en examen pour complicité d’assassinat en récidive et non dénonciation de crime. Les deux suspects connaissaient l'adolescente qui vivait dans une famille d'accueil.

Decize 18/07/13
Assis au bord de l'eau, levée de Loire à proximité de la promenade des Halles, Lison et Guillaume voient flotter une bouteille à proximité de la berge. Ils n'ont qu'à tendre le bras pour attraper ce récipient transparent contenant un message et un billet de 5 €.
Ici, pas de sceau personnalisé, juste un cachet à l'aspect de cire, façon fromage bien connu à croûte rouge. Qu'importe ! Les deux jeunes trépignent d'impatience, ils veulent savoir ce que renferme cette bouteille jetée à la Loire.
Une fois le bouchon de liège retiré, le trésor est à portée… de doigt. L'opération délicate est réussie. Il n'y a plus qu'à lire le message : "La vie est triste sans confiture ! Cet argent est pour vous. Achetez un pot de confiture".
Extraits de la presse quotidienne locale


La Loire au petit matin
Rose, s'enrhume d'un rien
La Loire du bien-être
Du paradis désert
La Loire posée là
Devant, à deux pas
La Loire s'invite en partage
Verdiaux, canches et marécages
La Loire, ma muse s'endort
Poussières et poudre d'or
La Loire un instant perdue
A tâtons, l'horizon en vue
La Loire avec ses secrets
Ses amours et ses regrets.

Michel Hannecart

Histoire officielle de Vert-Vert
Jean-Baptiste Gresset entre à 16 ans chez les Jésuites puis devient novice et professeur dans divers collèges de la Compagnie, notamment à Moulins et, dit-on, à Nevers. En 1734, il consacre sa première œuvre, un "poème spirituel et malicieux", à Vert-Vert, histoire d’un perroquet de Nevers.
Le volatile vivait dans le couvent des Visitandine de Nevers et son langage particulièrement recherché faisait l’admiration de tous. Sa réputation dépassa les limites du Nivernais et les Visitandines de Nantes voulurent en faire la connaissance. Le merveilleux animal fut envoyé à Nantes par la Loire et apprit au fil des jours le grossier langage des mariniers, car « dragons et mariniers, race assez peu dévote, ne parlait là que langage de gargote ». 
À son arrivée, Vert-Vert scandalise les religieuses par la verdeur de ses propos. 
Il est renvoyé à Nevers où il est condamné au cachot et au pain sec. 
Cependant, cantiques et prières lui reviennent en mémoire et les Visitandines fêtèrent son retour en grâce mais, « Du sein des maux d’une longue diète, passant trop tôt dans des flots de douceurs, bourré de sucre, et brûlé de liqueurs, Vert-Vert tombant sur un tas de dragées, en noirs cyprès vit ses roses changées ».

La Baignoire républicaine

La noyade fut utilisée comme moyen rapide et économique pour tuer les condamnés. Le cas le plus fréquemment cité est celui des noyades de Nantes (1793-1794), ordonnées par Jean-Baptiste Carrier, pour vider les prisons des Vendéens qui s'y trouvaient. Ceux-ci étaient conduits en bord de Loire, et, après avoir été dépouillés de leurs vêtements, étaient embarqués dans des barges que les bourreaux remorquaient avec des barques jusqu'au centre du fleuve. Là, les barges étaient coulées avec les condamnés et les bourreaux achevaient à coup de sabre ceux qui cherchaient à nager. Carrier avait baptisé la Loire la "baignoire républicaine".